Retraite progressive : réduire son temps de travail sans diminuer sa pension finale

Retraite progressive : réduire son temps de travail sans diminuer sa pension finale

À partir du 1er septembre 2025, la retraite progressive devient accessible dès 60 ans pour tous les assurés. Encadrée par des décrets parus en juillet 2025, cette mesure vise à favoriser le maintien dans l’emploi des seniors ; elle modifie toutefois des équilibres financiers et administratifs qu’il convient d’évaluer avant toute décision.

Ce décryptage récapitule conditions, démarches, chiffres récents et simulations chiffrées pour aider à décider en connaissance de cause.

Ce qui change

La nouveauté principale : l’âge minimal d’accès à la retraite progressive est abaissé à 60 ans pour tous, quelle que soit l’année de naissance. La mesure entre en vigueur le 1er septembre 2025. Elle trouve son origine dans l’accord national interprofessionnel (ANI) signé en novembre 2024 et s’inscrit dans la continuité de la réforme des retraites du 1er septembre 2023. Deux décrets publiés mi/fin juillet 2025 (15 et 23 juillet) en précisent les modalités.

Qui est concerné et conditions d’éligibilité

Le dispositif s’applique à tous les régimes de base (salariés du privé, professions libérales, avocats, exploitants agricoles, etc.), aux régimes de la fonction publique (contractuels, agents des collectivités et ouvriers d’État) et au régime complémentaire Agirc‑Arrco. Conditions principales :

  • avoir 60 ans révolus ;
  • justifier d’au moins 150 trimestres validés (tous régimes confondus) ;
  • réduire son activité dans une fourchette comprise entre 40 % et 80 % du temps plein ;
  • obtenir l’accord de l’employeur pour la réduction d’activité (le refus doit être motivé).

Démarches pratiques et calendrier

À la rentrée 2025, la demande se fait par courrier papier aux caisses concernées. Pour les salariés du privé, il faut adresser la demande à la fois au régime de base (Assurance‑retraite) et au régime complémentaire (Agirc‑Arrco). Le service en ligne devrait être disponible à partir du 25 novembre 2025, après mise à jour des plateformes. Conservez tous les accusés de réception et pièces envoyées.

Obligations de l’employeur

L’employeur dispose d’un délai de deux mois pour répondre à une demande de retraite progressive ; passé ce délai, son silence vaut accord. Un refus est possible uniquement pour incompatibilité avec l’organisation ou l’activité de l’entreprise ; il doit être notifié et motivé, de préférence par courrier recommandé.

Un projet de loi en cours d’examen renforce l’obligation de motivation du refus (expliquer conséquences sur l’organisation du service et difficultés de recrutement).

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Usage actuel et objectifs

L’usage de la retraite progressive a été historiquement faible. Les volumes déclarés récemment sont de 13 432 demandes en 2023 et 17 760 en 2024, ce qui correspond approximativement à des taux d’utilisation situés entre 0,5 % et ~2,5 % des nouveaux retraités selon la méthode de calcul retenue.

L’objectif officiel de la mesure est d’accroître l’attractivité du dispositif et d’en inverser la faible utilisation.

Impacts financiers et exemples chiffrés

En retraite progressive, on perçoit une fraction de la pension tout en continuant de cotiser : cela limite généralement l’impact sur le montant final de la pension, mais entraîne une baisse du revenu courant pendant la période d’activité réduite. Exemples de simulations évoqués :

  • pour un salaire brut de 1 800 €/mois, une période de quatre ans en retraite progressive entraînerait une diminution de pension d’environ 16 €/mois ;
  • pour un salaire brut de 10 000 €/mois, la diminution estimée de la pension après période progressive est d’environ 242 €/mois ;
  • exemple de perte de revenu courant pour un cadre très rémunéré : passer de 10 000 € brut à un mi‑temps (5 000 €) assorti de 50 % de pension (estimée à 5 628 €) donnerait un total brut d’environ 7 814 €/mois, soit une perte d’environ 2 200 €/mois par rapport au salaire plein.

Ces exemples illustrent que l’impact sur la pension finale reste limité, tandis que la perte de revenu immédiate peut être importante selon le niveau de salaire et la quotité de travail choisie. Il est donc indispensable d’adapter les calculs au profil particulier (durée, régimes, complémentaires, fiscalité).

Conseils pratiques

Avant d’engager une démarche :

  • réaliser plusieurs simulations comparant revenu courant et pension partielle (intégrer compléments de retraite, cotisations et fiscalité) ;
  • faire appel à un conseiller retraite ou à un expert pour des projections multi‑régimes ;
  • pour la demande papier : adresser les courriers aux deux régimes (base et complémentaire), joindre pièces justificatives et conserver les accusés de réception ;
  • négocier la modalité de réduction avec l’employeur et demander toute décision écrite ; en cas de refus non motivé, envisager la saisine de l’inspection du travail ou du conseil de prud’hommes.
antoine laurent horizon retraite

Expert en planification financière, Antoine guide les lecteurs d'Horizon Retraite à travers les méandres du système de retraite français.