Les Ehpad privés à but lucratif, et en particulier les grands groupes, suscitent de nombreuses interrogations depuis plusieurs années. Entre tarifs élevés, accessibilité limitée à l’aide sociale et disparités régionales, leur modèle attire l’attention des familles et des professionnels du secteur.
Alors que la population vieillit et que la demande d’accompagnement augmente, la place de ces établissements dans le paysage français soulève des enjeux majeurs. Focus sur les spécificités, les forces et les limites de ces acteurs incontournables du secteur médico-social.
Poids et organisation des grands groupes privés dans le secteur des Ehpad
En France, cinq grands groupes privés lucratifs ( Clariane, Emeis, DomusVi, Domidep et Colisée ) concentrent à eux seuls 13 % des Ehpad et 14 % des lits disponibles, soit plus de 83 500 places sur près de 600 000. Ces acteurs majeurs gèrent chacun au moins 100 établissements, principalement situés en zones urbaines et littorales.
Leurs structures, plus vastes que la moyenne (82 lits contre 70 dans les autres privés), représentent 60 % de la capacité du secteur lucratif. Ils se distinguent par des tarifs plus élevés, une moindre part de places habilitées à l’aide sociale, et une offre de services et d’équipements spécifique, marquant leur différence face aux établissements publics et associatifs.
Répartition géographique et caractéristiques des établissements
Les Ehpad des grands groupes privés affichent une forte concentration dans les grandes agglomérations, notamment en Île-de-France, sur le littoral méditerranéen et dans certains départements de Nouvelle-Aquitaine, tandis que l’Ouest et le Massif central restent dominés par le secteur public. Cette implantation urbaine s’accompagne d’espaces de vie plus restreints : en moyenne, chaque résident dispose de 49 m² d’espace intérieur et 137 m² d’extérieur, soit nettement moins que dans les établissements publics.
En revanche, la proportion de chambres individuelles y est supérieure (90 pour 100 résidents), traduisant une volonté d’offrir davantage d’intimité, mais au prix d’une surface globale réduite et d’un accès socialement plus limité.
Tarifs, accessibilité et profil des résidents
Les grands groupes privés pratiquent des tarifs d’hébergement sensiblement plus élevés que la moyenne nationale, avec un coût journalier de 98 euros, contre 89 euros dans les autres Ehpad privés et 60 euros dans le secteur public. Cette politique tarifaire s’accompagne d’une faible proportion de places habilitées à l’aide sociale à l’hébergement (19 %, contre 25 % dans les autres privés et 81 % dans le public), limitant l’accès aux personnes aux revenus modestes.
Les résidents accueillis sont généralement plus âgés et présentent un niveau de dépendance plus élevé, conséquence directe d’une sélection économique et sociale qui tend à exclure les profils les plus précaires, traditionnellement mieux pris en charge par les établissements publics.
Encadrement, offre de soins et accompagnement
Dans les Ehpad des grands groupes privés, le taux d’encadrement atteint 60,2 équivalents temps plein pour 100 résidents, un niveau inférieur à celui observé dans le secteur public hospitalier (72,9). La répartition du personnel privilégie les aides-soignants au détriment des infirmiers diplômés, ce qui peut impacter la qualité du suivi médical.
Côté offre de soins, 60 % de ces établissements disposent d’unités Alzheimer, mais seuls 16 % proposent un PASA et à peine 1 % une unité d’hébergement renforcée (UHR), contre 14 % dans le public. Les unités pour personnes handicapées vieillissantes restent marginales (1 %). Ainsi, l’accompagnement spécialisé y demeure moins développé que dans les Ehpad publics, malgré une présence accrue d’unités Alzheimer.


